Entrer en amitié avec soi-même

Dans son livre  » Entrer en amitié avec soi-même », Pema Chödrön* nous propose d’accueillir ce qui est, en nous et autour de nous, sans a priori. L’extrait ci dessous offre une définition très juste de cette capacité d’accueil qui nous conduira à l’Auto Bienveillance:
« Il existe un malentendu général chez tous les êtres humains nés sur cette terre : la tendance que la meilleure façon de vivre est d’essayer d’éviter la douleur et de se contenter de rechercher le confort. (…)
Commencer à aiguiser notre curiosité, sans se soucier du fait que l’objet de notre intérêt est doux ou amer, est une manière plus stimulante d’aborder la vie, qui renferme plus de joie, de bienveillance et d’audace.  Pour mener une vie qui ne s’arrête pas à la mesquinerie, aux préjugés et au besoin de s’assurer que tout va toujours tourner comme nous le voulons, ; pour mener une vie plus passionnée, plus pleine et plus joyeuse, nous devons nous rendre compte que nous pouvons tolérer beaucoup de douleur et de plaisir, afin de découvrir qui nous sommes et le monde où nous vivons, comment nous fonctionnons et comment notre monde fonctionne, comment tout cela est. Si l’on se préoccupe du confort à tout prix, dès que l’on ressent la moindre petite douleur on va prendre les jambes à son cou ; on ne saura jamais ce qu’il y a derrière cette barrière, de ce mur ou de cette chose effrayante.
Quand les gens commencent à pratiquer (une discipline spirituelle*), ils pensent souvent qu’ils vont s’améliorer d’une façon ou d’une autre. Cette attitude représente une sorte d’agression subtile contre ce qu’ils sont réellement. C’est un peu comme se dire : si je fais du sport, je serai quelqu’un de bien mieux, si seulement je pouvais avoir une plus belle maison, je serais quelqu’un de bien mieux, si je pouvais m’apaiser et méditer, je serai une meilleure personne. Ou bien le scénario peut consister à critiquer les autres . On pourrait dire : mis à part mon mari, mon mariage serait parfait, mis à part la mésentente entre mon patron et moi, mon boulot serait parfait, et pourquoi pas : mis à part mon esprit, ma méditation serait excellente.
Mais la bienveillance envers nous-même ne signifie pas que nous devons nous débarrasser de quoi que ce soit. Maitri ( la bienveillance pour soi-même) signifie que nous pouvons toujours être dingues après toutes ces années ; nous pouvons toujours être coléreux après toutes ces années ; nous pouvons toujours être timides ou jaloux, ou manquer complètement d’estime de nous-même. Il ne s’agit pas d’essayer de nous changer. La pratique n’a pas pour objectif de nous rejeter nous-même et de devenir meilleur. Son objet est de nous lier d’amitié avec la personne que nous sommes déjà. La pratique se fonde sur vous, moi, qui que nous soyons, maintenant, exactement tel que nous sommes. C’est cela la base, c’est cela que nous étudions, c’est cela que nous sommes amenés à connaître avec une curiosité et un intérêt prodigieux. (..)
Il ne s’agit pas de se défaire du moi, mais plutôt de commencer à s’intéresser à soi-même, de faire des recherches et d’être curieux à son propre sujet. La magie, c’est d’être disposé à s’ouvrir à cela, disposé à être pleinement éveillé à cela. Voir comment nous fuyons continuellement le moment présent, comment nous évitons d’être simplement là tel que nous sommes. On n’estime pas que ce soit un problème : l’important, c’est de le voir.
L’esprit d’investigation, ou la curiosité, implique d’être doux, précis et ouvert : être en fait capable de lâcher prise et de s’ouvrir. La douceur est un sentiment de bonté à son égard. La précision consiste à être capable de voir très clairement, à ne pas avoir peur de voir ce qui est vraiment là, tout comme un scientifique n’a pas peur de regarder dans son microscope. L’ouverture est la capacité de lâcher prise et de s’ouvrir. (..)
Vous verriez ainsi que probablement, vous faites vous-même toutes ces choses pour lesquelles vous critiquez tous ceux qui vous agacent dans la vie, tous ceux sur lesquels vous portez des jugements. Fondamentalement, entrer en amitié avec soi-même, c’est aussi entrer en amitié avec tous ces gens-là, parce que si vous parvenez à avoir envers vous-même cette sorte d’honnêteté, de douceur et de bonté et à rester clair face à vous-même, ce sentiment de bienveillance peut s’étendre aux autres sans obstacle.

*Pema Chödrön est une moniale bouddhiste, responsable de l’Abbaye de Gampo, monastère bouddhiste situé en Nouvelle Ecosse (Canada).
*Notre approche (l’Auto Bienveillance) n’est pas une pratique spirituelle, c’est la raison pour laquelle le terme de l’auteur est entre parenthèse.