Autobienveillance et scénario de vie

Il était une fois…..

 

« Vos croyances deviennent votre système de pensées, vos pensées deviennent vos paroles, vos paroles deviennent vos actions. Vos actions deviennent vos habitudes. Vos habitudes deviennent vos valeurs. Vos valeurs deviennent votre destinée. » Mahatma Gandhi

Les histoires que nous nous racontons, en particulier celles dont nous n’avons pas conscience parce qu’elles structurent notre scénario de vie, peuvent profondément influencer les décisions que nous prenons, les comportements que nous adoptons face à telle ou telle situation. Elles peuvent même façonner qui nous sommes. Reconnaître nos histoires et la manière dont elles nous influencent dans notre relation au monde (et à nous-même) est vraiment la première étape de la connaissance de soi, la pierre angulaire de la pleine conscience de soi. Mais il peut être difficile de nous distancier des histoires que nous nous racontons depuis si longtemps parfois, car elles peuvent se confondre avec notre identité.

Les humains sont des raconteurs d’histoire naturels. Nous organisons notre monde interne en encodant de l’information et en cherchant à la rendre compréhensible – en la classant, l’interprétant afin qu’elle prenne du sens et nous permette par la suite d’avoir une certaine maîtrise de nos expériences, de notre devenir.

Nous commençons très tôt à créer ainsi des histoires. Jean Piaget présente les enfants comme de « petits scientifiques » qui entretiennent des séries de tests pour essayer de donner du sens au monde. Entre 2 et 7 ans, nous dit Piaget ( période que Piaget nomme stade pré opérationnel) les enfants sont engagés dans un mouvement continuel de jeux qui leur permettent d’essayer plusieurs rôles afin de choisir celui qui convient le mieux ; si vous les observez avec attention, vous vous apercevrez qu’ils se racontent souvent à haute voix des scénarios élaborés. Les adultes font la même chose. La différence est que cela se passe dans notre tête, et influence notre comportement de manière plus subtile.

Les histoires les plus fondamentales que nous créons au sujet de notre identité sont façonnées par les perceptions des parents, professeurs et autres figures parentales d’importance pour nous. A l’adolescence, ces histoires se mêlent à la manière dont nous nous fabriquons – et comment nous occupons notre place dans le monde et parmi les autres. Elles se retrouvent aussi dans  le genre d’expériences, de relations que nous recherchons, confirmant ou réfutant ainsi nos attentes et nos croyances.

Ainsi il est prouvé que nous recherchons de l’information, gravitons dans des environnements et des situations qui renforcent nos récits personnels. Ce phénomène psychique porte un nom : le biais de confirmation d’hypothèse. Ces biais cognitifs peuvent avoir une influence remarquable sur la manière dont nous nous voyons et qui nous devenons par la suite.

On parle actuellement beaucoup de « fake news ». Certains en rient, d’autres y croient dur comme fer. Ces informations présentent l’avantage de nous proposer une lecture simplifiée d’une réalité complexe.  Au bout du compte , est-il possible que chacun de nous évolue dans un univers de fake news – une réalité simplifiée, transformée afin qu’elle s’adapte à notre lecture du monde ?

Ainsi, beaucoup de personnes (j’en fait partie) ont pu se persuader être « nuls » en maths, à une époque d’apprentissage et sous l’influence de retours faits par des personnes dont l’avis comptait, ou en se comparant à d’autres plus agiles dans la matière. Pourtant à la faveur d’une année passée avec un prof de maths bienveillant, ou à la lueur d’un exercice compris, on peut entrevoir que cela n’est pas une vérité absolue, qu’il y a des failles dans cette assertion totale de « nullité » et que des méthodes d’apprentissage différentes,  une autre approche auraient pu relativiser ce jugement, établi avec fermeté dans notre propre tête et paralysant avant même l’apprentissage, le fait même « d’essayer ».

 Pourquoi ces histoires que nous nous racontons sont si importantes ?

Le temps que nous arrivions à l’âge adulte, ces histoires sont devenues notre identité et sont littéralement câblées dans nos cerveaux après des années de répétition.  C’est-à-dire qu’elles se transforment en cadres rigides qui déterminent notre paysage mental et émotionnel. De plus, nous devenons inconsciemment ou consciemment attachés à leur contenu, et ainsi nous perdons la capacité de discrimination et de distanciation.

Les histoires négatives que nous nous racontons peuvent avoir des conséquences destructrices sur le long terme et mener à des prophéties auto réalisatrices.

Nos histoires sont façonnées par des années d’interaction sociale, certaines positives, d’autres négatives. Mais  les humains ont tendance à se souvenir plus facilement d’évènements négatifs que positifs. Ainsi, nous allons plus aisément nous rappeler d’une critique plutôt que d’un compliment – tendance nommée biais de négativité. Ainsi les chercheurs ont pu déterminer que les stimuli négatifs produisent plus d’activité neuronale que les positifs d’intensité égale. Ils sont également perçus plus vite et plus aisément. Notre cerveau encode très rapidement les expériences négatives ( il s’agissait sans doute d’une question de survie) alors que les expériences positives doivent être maintenues conscientes pendant une douzaine de secondes ou plus pour qu’elles soient transportées depuis notre mémoire à court terme à un encodage sur le long terme.

Or la recherche démontre que nous avons la capacité de porter attention à ces histoires, de les reconnaître et de les différencier de la réalité.

Nous pouvons nous distancier de ces histoires si elles nuisent à notre développement, à notre réalisation. Nous pouvons réécrire notre histoire afin de réduire notre stress, reprogrammer notre cerveau, réinventer nos relations et nos situations de vie en y répondant différemment.

En nous entraînant, nous pouvons identifier une croyance devenue limitante pour notre développement. Cela ne veut pas dire qu’elle disparaîtra totalement. Le stress réanime souvent les vieilles histoires et elles peuvent  refaire surface dans les moments où l’on est habité par la peur, le doute, l’anxiété. Nous allons retourner vers elles et nous mettre sur pilote automatique quand nous sommes sous stress, émotionnellement réactifs.

Aussi apprendre à gérer son stress est la première étape. Quand vous allez commencer à porter attention à votre bavardage interne vous allez vous apercevoir que ces histoires sont sans fin et qu’elles se répètent sans cesse. C’est ainsi que fonctionne notre esprit – un flot incessant de commentaires usés jusqu’à la corde, mille fois répétés. La première étape essentielle est donc de porter une attention consciente à cette voix afin de nous en libérer. Nous pouvons alors le considérer plus objectivement, comme le discours de quelqu’un qui nous parlerait. Nous devons nous entraîner dans les moments de calme afin de pouvoir le reconnaître quand il surgit dans le stress, la fatigue, la surcharge émotionnelle ou mentale. Plus la pression sera forte, plus la voix parlera fort. Mais si on est au courant, elle ne pourra plus nous influencer de la même manière. Nous ne pensons pas au sujet de cette voix, nous ne faisons pas de commentaires ; nous notons sa présence, c’est tout. Et c’est cette attention sans jugement qui nous permettra de nous en détacher.

 Prenez un moment pour écrire votre histoire personnelle.

Vous pouvez utiliser des descriptifs simples, mais aussi des expériences, des croyances familiales ou d’autres influences qui ont pu vous être déterminantes. Je suis quelqu’un de fort – dans la vie on ne peut compter que sur soi-même – le monde est accueillant – le monde va à sa perte et ainsi de suite. Une fois que vous avez écrit vos croyances à votre sujet, au sujet des autres et du monde, et identifié quelques unes de vos histoires, posez vous les questions suivantes :

  • D’où vient cette histoire ?
  • Est-ce mon histoire ou celle de quelqu’un d’autre ?
  • Est-ce que cette histoire est toujours vraie ?
  • cette histoire contribue-t-elle à mon bien-être ou y nuit elle ?
  • Est-ce que je choisis de continuer à faire vivre cette histoire ou est ce qu’il est temps d’en écrire une nouvelle ?

La chose la plus importante est de vous rappeler aussi souvent que nécessaire que vous n’êtes pas votre histoire et qu’elle ne vous définit pas. Efforçez vous également de ne pas trop vous y attacher. Ces histoires ne sont qu’une partie d’une myriade de pensées qui passent dans votre mental sans cesse. Ceci est inhérent au fait d’être humain. Mais votre responsabilité est d’en être conscient, et de décider ce que vous voulez faire de ces histoires – vivre avec, ou pas.

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